Vous êtes ici : Version françaiseActualités

138e Congrès des sociétés historiques et scientifiques "Se nourrir. Pratiques et stratégies alimentaires"


Interventions de membres de LÉA :

Chantal CRENN, chercheur associé en anthropologie, sociologie
"Les quatre âges du fast food à Dakar"
(avec Mme Jean-Pierre HASSOUN) - Séance du 23/04/2013 - 14:00
Le shawarma est introduit à Dakar au début des années 1960 par des migrants libanais en quête d’opportunités économiques. Puis (années 1980) il est rejoint, dans les mêmes restaurants, par le hamburger. Ces deux innovations alimentaires se diffusent dans le cadre d’un certain âge d’or post-colonial dakarois où la consommation urbaine est découverte dans le quartier historique du Plateau.
Une troisième séquence historique (années 1990) voit ces restaurants, appelés dès lors fast food, s’implanter dans toutes les communes de l’agglomération dakaroise. Ouverts par des Sénégalais extérieurs à la communauté libanaise, ils sont fréquentés par des Sénégalais socialement plus divers. À partir des années 2010 des chaînes franchisées, mais locales, viennent concurrencer ces fast food de banlieue. À travers cette diachronie visible dans l’enquête ethnographique on s’attachera à comprendre comment des produits deviennent de plus en plus endogènes alors que leurs ingrédients sont de plus en plus exogènes.

Matthieu LECOUTRE, chercheur associé en histoire moderne
"Quand s’enivrer est une poignée de main : le lien social par l’ivresse dans la France moderne"
Séance du 25/04/2013 - 14:00
Quelle stratégie adopter pour justifier l’excès alimentaire, surtout quand il est fait de vin, de cidre ou d’eau-de-vie ? Trois cents sources littéraires, quatre mille sources judiciaires et des dizaines de sources iconographiques soulignent qu’une culture de l’enivrement existe dans la France moderne : une partie de la sociabilité d’Ancien Régime repose sur une ivresse collective, festive, cyclique et communielle. Certaines occasions justifient l’enivrement, sous réserve du respect de quelques règles. Cette culture de l’enivrement est une culture normative de l’excès. Perçu comme un héritage ancien, cet « habitus » se transmet de génération en génération dans toutes les catégories sociales. La mise en lumière de cette culture alimentaire permet de comprendre pourquoi ni les pouvoirs civils, ni les pouvoirs religieux, ni même les autorités médicales et morales (par le biais notamment des manuels de civilité) ne sont parvenus à imposer totalement leurs normes répressives à la société.